
Une image qui s’imprime sur la rétine. Tout part de là finalement. Avant de faire valoir leurs qualités de rimeurs, les rappeurs doivent se prêter au jeu de l’observateur. Lucides, outranciers ou paranoïaques. Caricaturaux, distanciés ou réfléchis. Peu importe. Du goût pour la description à l’usage récurrent d’images et de métaphores, de la pupille dilatée jusqu’aux sourcils froncés, le regard est au centre de toutes les attentions.
Mais observer, c’est aussi être observé. Musique née de la rue, le rap est imprégné de ses fantasmes et de ses représentations. Plus qu’ailleurs, le regard y tient le rôle d’une arme, voire d’une armure. Quoiqu’ils en disent, les rappeurs passent leur temps à se jauger, à se juger. A s’envier jusqu’à ce que la situation s’envenime. Pour se copier souvent, se différencier parfois. La reprise d’une phrase de l’un par l’autre, le détournement ironique d’un gimmick ou d’une expression, l’utilisation de scratchs en guise d’hommage ou d’attaque sont autant de clins d’oeils qui attestent de la situation.
Cette surveillance quasi-généralisée ouvre la porte aux multiples beefs qui nourrissent les médias et alimentent des buzz parfois artificiels. Drôle de constatation : les carrières se font et se défont le temps d’un battement de paupière.
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Un titre fracassant en guise de ticket d’entrée. Une street-tape réjouissante pour mieux affirmer leur identité, imposer sa signature… avant de sortir un album calibré, formaté, forcément décevant. Ils avaient demandé leur route au mur : il leur a dit d’aller tout droit. Mais ce n’est pas donné à tout le monde de renverser les montagnes. Tout le monde n’est pas Booba. Le choc ne les rendra pas plus fort… juste handicapés.
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“Les deux chemins”, dernier disque commun du groupe, scelle le sceau d’un destin inéluctable pour Less du Neuf. Les albums successifs annonçaient déjà cette issue à demi-mot jusque dans leur titre : la sérénité affichée par « le temps d’une vie » cédait le pas sur l’incertitude avec « tant qu’il est en est temps ». « Les deux chemins » ouvre donc aujourd’hui le temps des questions. Celui des espoirs. Celui des regrets. Et des déceptions.
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En passant du général au particulier, de la description d’un décor bâclé à son portrait craché, en négociant le passage du « nous » au « je » sans égocentrisme ni fausse pudeur, Casey aura réussi le pari de s’affirmer sans dévier de trajectoire. Evoluer sans décevoir, jusqu’à cet album inégal mais prometteur qui laisse plus de portes ouvertes qu’il n’en referme. Sans fard et sans gloire mais avec la rage et la fierté des braves pour emporter le morceau malgré le soupçon d’aigreur qui fait grincer les dents.
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