
Une image qui s’imprime sur la rétine. Tout part de là finalement. Avant de faire valoir leurs qualités de rimeurs, les rappeurs doivent se prêter au jeu de l’observateur. Lucides, outranciers ou paranoïaques. Caricaturaux, distanciés ou réfléchis. Peu importe. Du goût pour la description à l’usage récurrent d’images et de métaphores, de la pupille dilatée jusqu’aux sourcils froncés, le regard est au centre de toutes les attentions.
Mais observer, c’est aussi être observé. Musique née de la rue, le rap est imprégné de ses fantasmes et de ses représentations. Plus qu’ailleurs, le regard y tient le rôle d’une arme, voire d’une armure. Quoiqu’ils en disent, les rappeurs passent leur temps à se jauger, à se juger. A s’envier jusqu’à ce que la situation s’envenime. Pour se copier souvent, se différencier parfois. La reprise d’une phrase de l’un par l’autre, le détournement ironique d’un gimmick ou d’une expression, l’utilisation de scratchs en guise d’hommage ou d’attaque sont autant de clins d’oeils qui attestent de la situation.
Cette surveillance quasi-généralisée ouvre la porte aux multiples beefs qui nourrissent les médias et alimentent des buzz parfois artificiels. Drôle de constatation : les carrières se font et se défont le temps d’un battement de paupière.


